Les colères
du Gardon font partie de la culture du village. Et pourtant
le lundi 9 septembre, après une nuit de pluies torrentielles,
on ne croit pas à la catastrophe. Certes, l'eau monte
encore. L'école maternelle, le camping, le stade de
foot ont les pieds dans l'eau. Mais on est encore loin du
niveau atteint en 1995. Une rumeur circule cependant : "ça
va monter plus qu'en 58". Incroyable. Depuis la
fameuse crue meurtrière du Gardon, n'a-t-on pas multiplié
les travaux ? Creusé des gravières qui ont encaissé
les rives ? On s'affaire néanmoins, au cas où.
Les meubles sont placés sur cales. Les plus prévoyants
clouent des planches devant leur porte. Ceux qui le peuvent
déménagent leurs biens les plus précieux.
Et l'on tourne dans le village. Pour faire le point. Pour
donner un coup de main. A la mi-journée, certains quartiers
sont sous plusieurs dizaines de centimètres d'eau.
Mais on veut encore espérer, car la pluie accorde des
trèves. Quand elle s'arrête, vers les 17 heures,
le niveau monte encore. De leurs fenêtres, les habitants
du vieux village ont la vision surréaliste d'un torrent
se déversant de bas en haut. Il charrie les planches
des arènes, des bouteilles de gaz, des volets. Le ciel
s'est calmé, mais l'eau monte. Bientôt arrivent
les hélicoptères. |